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De India

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De 2007...(premier semestre)

De 2007...(premier semestre)

Je me souviendrai...

Je me souviendrai d'un nouvel an teinté de frustations et nostalgies en inadéquation avec les personnes qui m'entouraient.
...d'un mois de janvier enfin épanouissant après une fin 2006 en solitaire et difficile, un mois de janvier pour l'enrichissement duquel j'ai dû sacrifié le bonheur d'autres à ce moment-là.
...d'égarements dans une nouvelle vie par besoin constant de stabilité, de confiance et de sécurité. Oublier le reste, par peur, par crainte. Vivre au jour le jour.

Je me souviendrai d'un attachement de plus en plus fort à mon travail d'enseignement et à mes étudiants, à cette joie d'apporter, de donner....à des rencontres différentes mais fortes.
...de ce rapport sacré professeur-élève...guru-chatrae...un même sentiment dans le monde entier qu'importe la langue, la culture, les personnes
...des sourires et des regards chaleureux de mes étudiants, de ces partages.
...de "le téléphone pleure" de Claude François étudié en classe...de l'étonnement de mes étudiants quant au contexte de la chanson. (Un père qui n'a jamais vu son enfant)
...du repos mental inhérent à ces deux heures quotidiennes...de pouvoir oublier que je suis Eugénie, que je suis une étrangère, d'être simplement "professeur" le temps des cours. (Neerja, Jyoti, Mrinalini, Suddhasheel, Arjun, Bhupendra...Merci!).

Je me souviendrai du soleil resplendissant de ce mois de janvier et des températures agréables le jour (20/25°C) mais très froides la nuit (4°C).
...des bronchites et autres rhumes qui ne partaient pas.

Je me souviendrai de ces "arrêts sur image" dans ce nouveau monde, de ces rues encombrées, enfumées et bruyantes.
...de visages fermés, de ces regards insistants mais froids.
...de ma volonté de me glisser, de m'intégrer et de me sentir bien dans ce monde différent, malgré tout.

Je me souviendrai de mon installation en février dans un nouvel appartement, mon premier vrai en réalité, de cette première sensation d'être enfin chez moi, dans ce campus...après 6 mois.
...des soirées très simples chez Shubha, ma collègue avec sa famille, à échanger en français sur le monde et la vie.
...des soirées à thématique cuisine- bière ou musique avec les amis, Emile, Suman, Shubho- James, de ces moments privilégiés quoique furtifs où je pouvais retrouver mon statut de femme européenne et libre.
...des ces promenades à vélo dans le campus, de ce bonheur de le connaître un peu plus, de se créer des habitudes dans un endroit qui nous était tout à fait inconnu quelques mois auparavant.
...des séances de cuisine indienne (patisserie évidemment :)) et des cours de Sanskrit avec Gayatri.

Je me souviendrai d'attentes nocturnes très longues dans des gares bondées, de ces gros rats qui frollaient mes jambes, des ces dormeurs enfouis dans des châles gris à enjamber
...de ces nuits passées sans dormir dans des trains qui n'avancent pas, de ces voisins à l'oeil pervers et au sommeil léger...d'angoisses, de craintes.
...de cette envie d'être transparente, de me dissimuler.
...de cette bombe déposée dans un train parti en même temps que le mien de New-Delhi Central Station, de cette volonté d'oublier rapidement cet évenement, tels les personnes qui m'entouraient. Vivre au jour le jour pour soi, pour sa famille, pour sa caste... Conscience actuelle d'être devenue indienne dans ma façon de penser à ce moment-là.

Je me souviendrai du retour de la chaleur en Mars....des nausées les premieres nuits de grandes chaleurs.

Je me souviendrai des passages réguliers chez les médecins,  à l'hôpital, des miliers de médicaments ingurgités auxquels je ne comprenais rien...Prise de conscience de l'importance d'être en bonne santé.

Je me souviendrai des chauffeurs de taxis, d'auto-rickshaw, des femmes de ménage, et nourrices de mes voisins, des très nombreux gardes à moustache du campus, du dudh wala (lait) et du sabji wala (légumes); des ces "petits gens" à qui quelques mots de hindi donnaient le sourire, le tout criblé de méfiance mutuelle.

Je me souviendrai de Pâques célébré, tant bien que mal, avec Emile au centre commercial de Kanpur (Rave 3) avec un bon gâteau au chocolat noir. (on a pourtant recherché les oeufs ...en vain...)
...des riches occupants parvenus, frustés de l'occident mais tellement arrogants de ces lieux.
...de la climatisation rêglé à l'excessif. (20 degré de différence entre l'intérieur et l'extérieur)

Je me souviendrai du mal de la France, de l'écoute quotidienne de chansons en Français, du besoin d'entendre ma langue.
...des grandes discussions politiques avec Emile et les autres le soir du premier tour de la présidentielle autour d'un nimbu pani (boisson au citron) dans la canteen de la résidence Hall 4, piquée par des tas de moustiques dans la chaleur.
...d'une envie forte de reprendre l'avion pour retrouver ceux que j'aime.

Je me souviendrai de l'asphyxie liée à l'hospitalité à l'indienne malgré le confort, le bien-être lié aux retrouvailles avec une certaine ambiance familiale et pourtant, il fallait être redevable de ce qui est donné, ne pas avoir le choix...être obligé.
..de cette impression d'être un objet...  très précieux entre leurs mains.

Je me souviendrai des 24heures de route non stop en jeep et bus  pour parcourir 500 km entre la frontière népalaise et Delhi. 
... des odeurs nauséabondes de la rue, des bruits, de la foule.
....d'un mois de mai passé à Jaipur et New-Delhi dans la chaleur (40°C) et le stress. De la fatigue, de la colère, du mal-être. 
....de l'hâte de repartir mais paradoxalement et en même temps d'un certain attachement à la terre qui m'avait accueillie pendant autant de temps, d'un attachement à un pays dans lequel j'avais vécu pendant plus de 10 mois, dans lequel, je m'étais crée une vie...dans lequel j'étais allée au delà de ce dont je me croyais capable.

(Le retour en France)