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De India

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"Jodhaa-Akbar" suspendu dans certains Etats.

"Jodhaa-Akbar" suspendu dans certains Etats.

Jodhaa- Akbar ,  le nouveau film de  Ashutosh Gowariker (le réalisateur de Lagaan et de Swades)
a été suspendu dans certains Etats en Inde par peur des tensions et violences qui éclatent un peu partout. Le film raconte une histoire d'amour, d'inspiration historique, entre un empereur moghol (musulman) et une princesse hindoue. Les extrémistes hindous s'insurgent contre le peu de véracité historique de cette histoire (et donc contre son incongruité).JodhaaAkbar.jpg

A lire, donc, sur le site du courrier international la traduction d'un éditorial du journal  The Hindu  qui appelle à résister contre cette culture de l'intolérance...ce qui n'est pas sans rappeler le cri d'alarme lancé par Taslima Nasreen en janvier dernier. L'Inde doit survivre pour elle-même et non en fonction des menaces des extrémistes).

INDE •  "Jodhaa Akbar", un film victime des extrémistes
L'histoire des amours d'un musulman et d'une hindoue déchaîne les passions. A tel point que certains cinémas ont cessé de projeter cette œuvre. Le quotidien The Hindu appelle à résister à cette culture de l'intolérance.
 
 
La suspension du film Jodhaa Akbar, du réalisateur Ashutosh Gowariker, dans le Madhya Pradesh et dans deux districts de l'Haryana reflète bien le malaise de l'administration locale face à certains extrémistes hindouistes demandant l'interdiction d'œuvres cinématographiques ou de livres. Le film en question raconte comment le mariage arrangé entre le grand empereur moghol [musulman] Akbar et une fière princesse rajput [hindoue] nommée Jodhaa Bai se transforme, après moult épreuves, en véritable histoire d'amour. Cette histoire a suscité de vives protestations dans certains Etats. Plusieurs salles de cinéma du Rajasthan ont été contraintes par la force de ne pas projeter ce film, une bombe de faible intensité a explosé devant un cinéma du Maharashtra et plusieurs incidents ont éclaté dans le Gujarat, le Bihar et à Delhi.

La polémique autour de ce film se nourrit du caractère non historique du film, qui aurait "blessé" des groupes hindous se réclamant de la communauté rajput, une caste de guerriers très réputés. De toute évidence, "il n'a jamais existé de princesse Jodhaa Bai", explique Irfan Habib, éminent historien et spécialiste de la période moghole. Et, s'il est vrai qu'Akbar a bien épousé la fille aînée du prince hindou Bharmal, "le nom de celle-ci n'apparaît nulle part". Mais Jodhaa Akbar ne se veut nullement authentique sur le plan historique. Le réalisateur lui-même reconnaît que c'est "de la fiction à 70 %". Dans ce contexte, il est révélateur de se souvenir de l'accueil réservé au film de Karimuddin Asif dans les années 1960 : Mughal E Azam, version antérieure de l'histoire d'amour entre Jodha Bai et Akbar, n'avait provoqué aucun scandale. Il s'inspirait pourtant du folklore, n'avait aucune prétention historique et présentait également la princesse rajput comme l'épouse de l'empereur moghol.

L'intervention des hommes politiques de tous bords dans l'actuelle campagne de dénigrement et d'intimidation témoigne, outre l'opportunisme politique, d'un recul de la liberté d'expression en Inde. Il n'existe aucune loi permettant d'interdire un film au motif qu'il constituerait une menace de violence réelle ou supposée. Cela serait une violation de l'article 19 de la Constitution, qui garantit le droit fondamental à la liberté d'expression. Le jugement dit Ore Oru Gramathile [du nom d'un film tamoul qui avait suscité la polémique], prononcé par la Cour suprême en 1989, indique clairement que "la liberté d'expression vise non seulement à protéger des idées acceptées, mais aussi celles qui blessent, choquent ou perturbent l'Etat ou toute catégorie de la population". Il stipule également que les troubles de l'ordre public ne peuvent en aucun cas justifier la suppression de la liberté d'expression et que céder aux menaces de violence "revient à nier l'Etat de droit". L'interdiction de Jodhaa Akbar ou l'apathie envers les fanatiques qui obligent les salles de cinéma à le retirer de l'affiche constituent donc une capitulation face à la culture de l'intolérance et une atteinte à notre Constitution.
Editorial
The Hindu
 




Commentaire de Carole: (merci ;);))

Très éloquent, il y a en effet une régression très nette des libertés des moeurs en Inde, ou du moins un certain laissez-aller des autorités envers un extremisme des ignorants et des "abrutis". L'Inde a toujours été assez "antihistorique", réécrivant l'histoire à chaque époque... On change les livres d'histoire à chaque nouveau gouvernement, on prétent que le Taj Mahal est un temple hindou...Et ceux qui l'affirment y croient dur comme fer et emportent des adhésions. On rebaptise les villes... Tout est permis,plus de limites..
En revisionnant "Mughal-e-Azam" ou dans un autre genre "Silsila" ou "Bombay" on ne peut que s'attrister et s'inquiéter de cette régression. J'ai parfois l'impression d'une autorité déliquescente en Inde... Y-a-il un un Etat pour faire respecter la démocratie et ses lois, ou n'y en-t-il que pour l'Economie, Reliance, Tata et autres Mittal dans une anarchie totale? Gandhi! Qu'ont-ils fait de tes valeurs et de ton combat, de ton Inde?