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De India

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Jamais sans ma fille - Betty Mahmoody

Jamais sans ma fille - Betty Mahmoody

Je fais une petite pause dans ma lecture pour partager avec vous quelques extraits du livre:

" Au bout de quelques jours, je suis presque habituée à l'atmosphère et à la puanteur de l'appartement, ainsi qu'à la bruyante activité du voisinage. La voix des marchants ambulants, hurlant leur marchandise à longueur de temps me devient familière.
     "Ashkhalee! Ashkalee! Ashkhalee!" C'est le collecteur d'ordure. Il se promène dans une petite carriole dans les rues étroites et les ménagères se précipitent pour déposer leurs déchets sur le trottoir. Parfois, après avoir ramassé les ordures, il revient avec un énorme balai, confectionné à l'aide de paquets d'herbes séchées, attachées à un bâton. A l'aide de cet instrument archaïque, il nettoie ce que les rats et les chats du voisinage ont éparpillé, il pousse le tout dans les caniveaux que personne ne semble être chargé de nettoyer par ailleurs.
     "Namakieh", hurle le marchand de sel [ namak en hindi; note de moi] en trimbalant sa poussette remplie d'une montagne de sel agglutiné et humide. A son signal, les femmes rassemblent les épluchures et les trognons de pain, qu'elles échangent contre du sel, et l'homme à son tour revendra toutes ces raclures en guise de nourriture pour le bétail.
     "Sabzi". C'est la cariole du marchand de légumes, bourrée d'épinards, de persil, de basilic, de citrons et de tous les légumes de la saison. Parfois il annonce son arrivée en criant dans un mégaphone [...]. A l'occasion, c'est la tournée de l'aiguiseur de couteaux, cahotant sur son vélo déglingué en haillons. Essey m'a dit que tous ces gens étaient désespérement pauvres et vivaient pour la plupart dans leurs carrioles ambulantes. Leurs homologues femmes sont encore plus misérables et, vêtues de ce qui n'est même plus un haillon de tchador, sonnent à toutes les portes, réclamant un peu de nourriture ou un malheureux rial.  L'oeil sous le voile en lambeau, elles pleurent misère. Essey leur répond toujours par un petit don. Mais la femme de Mammal, Nasserine, refuse systématiquement, même aux plus désespérés.

Tout cela donne une étrange symphonie, la symphonie des damnés de la terre, acharnés à survivre. [...]

En deux mois, mes exigences ont bien changé. Dramatiquement changé. Et je réalise combien la manière de vivre aux Etats-Unis m'a gâtée, au point  d'être parfois tracassée par des choses mineures. Ici, tout est différent. J'apprends tous les jours à ne pas me laisser ronger par les détails au détriment des choses plus importantes. S'il y a des charançons dans le riz, on les enlève. Si le bébé se laisse aller sur le tapis et se laisse aller, on nettoie les dégâts. Si le mari veut interrompre sa promenade dans le parc, on le suit. C'est tout. [...]

Dans chaque classe, même celle des plus âgés, les maîtres chantent une question et les élèves chantent la réponse en utilisant les mêmes mots. Pas le moindre écart, pas le plus petit changement dans l'inflexion des voix, pas de place pour une pensée personnelle ou un interrogation quelconque. Ceci est l'éducation qu'à reçue Moody enfant. Et, en réfléchissant là dessus, je comprends mieux pourquoi tant d'Iraniens sont capables de supporter l'autoritarisme. Pourquoi ils ont tous l'air incapables de prendre une décision"


 Impressionant! Ce livre me bouleverse et les ressemblances avec l'Inde sont frappantes. Et même si je n'ai pas vécu le cauchemar de Betty Mahmoody; ses réflexions sur la société iranienne et sur son mode de fonctionnement me font inévitablement penser à ce que j'ai vu, entendu et, dans une moindre mesure, vécu en Inde.

A tel point que cela donne le vertige. S'il est bien vrai que l'Inde est une démocratie laïque,  j'ai toujours eu l'impression, sur place, que ce régime pouvait exploser d'une minute à l'autre. Et je ne pense pas que la démocratie soit acquise à jamais.

Certes, l'Iran et l'Inde sont deux pays très proches si on s'attache au point de vue culturel. Le persan/ farsi est très proche du hindi puisqu'il fait partie des langues indo-européenes et plus particulièrement du groupe indo-iranien. La mythologie perse est très proche de l'hindouisme. Les Iraniens sont, des peuples indo-européens, ceux dont la langue a le plus d'affinités avec le sanskrit et ceux qui sont restés pendant longtemps en contact direct avec l'Inde.

Mais pour le reste, les pays sont très différents et je ne m'attendais pas à de tel ressemblances dans le mode de vie, les façons de penser, d'éduquer.